J'ai vu le documentaire "pédale rurale" au cinéma
- Alice Joly
- 11 mai
- 3 min de lecture
À moins d'une semaine de la journée mondiale de lutte contre l'homophobie (17 mai), retour sur le documentaire Pédale rurale, sorti en salles le 4 mars dernier. Pour son premier long-métrage documentaire, Antoine Vazquez nous plonge dans les réflexions de Benoît à propos de son identité queer, et de son quotidien, en plein coeur d'un bout de campagne du Périgord, là où les représentations sont rares.
Un documentaire qui n'a pas été fait au hasard
À l'origine du documentaire : un questionnement intime de la part de son réalisateur, jeune queer d’origine béarnaise. En master d’anthropologie, Antoine Vazquez s’est intéressé aux vécus LGBTQIA+ à la campagne. En prenant la caméra, il prolonge cette réflexion de façon plus incarnée et sensible.
Un portrait sincère, solaire et touchant
À Saint-Paul-la-Roche vit Benoît. Solaire et solitaire, il partage son temps entre son jardin, la nature environnante et les créations qu’il réalise sur son métier à tisser. Il aime aussi danser, avec une jupe colorée, et aime discuter avec des hommes rencontrés sur des applications. Benoît vit simplement, sans complexes. Antoine le filme au plus près, avec toute sa sensibilité, et sa solitude, qu’il a apprivoisée.
Son mode de vie est loin de celui des grandes villes. Ici, le temps s’étire. Il laisse place aux longues minutes de réflexion, aux gestes du quotidien et à la recherche d’un équilibre sain, et simple. À travers lui, le film esquisse une question encore trop peu visible : comment vivre librement, hors des normes hétéronormées, loin des centres urbains ?
Benoît n’utilise pas le mot queer et ne sait même pas vraiment ce qu’il signifie. Ce qu’il sait par contre, c’est que ses années passées à tenter de « ne pas être démasqué » appartiennent désormais au passé.
La campagne comme terre de rencontres
La trajectoire originale de Benoît, qui lui vaut d’incarner le premier rôle de ce documentaire, croise bientôt celle d’autres personnes LGBTQIA+ des villages alentours. Leur point commun : l’envie de se rencontrer, de partager et de rassembler pour organiser une Pride rurale.
S’ouvre alors une galerie de personnages touchants, forts, joyeux et très souvent blessés. Ensemble, ils fabriquent des chars, choisissent leurs costumes, dansent et font résonner la musique. Malgré les peurs, les regards hostiles et les injonctions à la soi-disant normalité, le groupe tient bon : l'organisation de la Pride devient le lieu de l'émancipation collective.
Benoît sort ainsi peu à peu de sa solitude, s’implique dans le café associatif du village, et découvre des espaces de soutien inattendus.
Un projet : l'organisation d'une Pride au cœur du Périgord
Le projet paraît audacieux. Les personnes concernées hésitent, doutent, ont peur de s’exposer dans leur propre village. Mais l’envie de se rassembler et d’exister publiquement finit par l’emporter.
Peu à peu, un petit collectif se forme. Les discussions sont hésitantes, parfois inquiètes, mais toujours pleines d’espoir. L’idée d’une Pride rurale prend forme : des chars fabriqués à la main, des costumes colorés, de la musique et une fête ouverte à toutes et tous.
Lorsque la Pride a finalement lieu, le réalisateur capte un moment de joie simple et intense. Dans ce paysage verdoyant, la fête devient un symbole : celui d’une communauté qui se construit là où on ne l’attendait pas.
Un documentaire lumineux et optimiste
Ce qui frappe dans Pédale rurale, c’est la douceur du regard porté par le réalisateur. Antoine Vazquez filme Benoît sur le temps long, laissant les saisons défiler et les transformations s’opérer. La nature occupe aussi une place essentielle. Le potager de Benoît, les plantes qu’il nomme avec précision, les paysages du Périgord vert composent un décor presque paradisiaque. Entre contemplation et réalité sociale, le documentaire montre à la fois la beauté de ces territoires et les défis qu’ils peuvent représenter pour celles et ceux qui y vivent autrement.





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